Photographie réaliste d'une femme enceinte assise sur un ballon d'exercice dans un studio de kinésithérapie, écoutant attentivement une kinésithérapeute lui expliquer l'anatomie du périnée à l'aide d'un modèle anatomique du bassin féminin. La kinésithérapeute tient le modèle tandis que la femme enceinte a les mains posées sur son ventre.

Le périnée pendant la grossesse : ce que toute femme devrait savoir avant l’accouchement

Si vous lisez cet article, c’est probablement que vous êtes enceinte, que vous cherchez à préparer votre corps du mieux possible, et que vous avez entendu parler du périnée, sans forcément savoir très bien de quoi il s’agit ni ce que vous pouvez faire concrètement. C’est un sujet souvent effleuré en consultation, parfois tabou, mais absolument essentiel pour vivre un accouchement dans les meilleures conditions. Je vais vous expliquer, sans jargon inutile, comment fonctionne votre périnée, comment la grossesse le transforme, et ce que nous pouvons faire ensemble, en complément de votre sage-femme, pour le préparer intelligemment.

Anatomie du périnée : ce que c’est vraiment

Le périnée est un ensemble musculaire et fascial situé au bas du bassin. Concrètement, il s’étend du pubis au coccyx et d’un ischion à l’autre, formant une sorte de hamac tendu sous les organes pelviens. Ce “hamac” soutient la vessie, l’utérus et le rectum, et joue un rôle central dans la continence urinaire et fécale, dans la stabilité du bassin, et dans la sexualité.

StructureLocalisationRôle principal
Muscles du plancher pelvienEntre pubis, coccyx et ischionsSoutien des organes, continence
Fascias pelviensTissu conjonctif enveloppantTransmission des forces, stabilité
Muscles releveurs de l’anusPartie profonde du périnéeFermeture des sphincters
Muscles superficielsPartie externe du périnéeSexualité, fermeture vaginale


Ce n’est donc pas un simple muscle isolé, mais un véritable système fonctionnel en lien direct avec le bas du dos, le sacrum, le coccyx et les sacro-iliaques. C’est précisément pour cette raison que l’état du périnée dépend en partie de la mobilité des structures qui l’entourent.

Ce que la grossesse fait au périnée

Dès les premières semaines de grossesse de nombreux changement apparaissent, votre corps produit une hormone appelée relaxine. Son rôle est d’assouplir les ligaments du bassin pour préparer le passage du bébé lors de l’accouchement mais cela peut aussi causé des douleurs ligamentaires. Mais cette hyperlaxité ligamentaire concerne aussi les structures du plancher pelvien, qui se retrouvent soumises à une double contrainte : un relâchement progressif ET une pression croissante exercée par le bébé au fil des mois.

À mesure que le bébé grossit, le périnée supporte un poids de plus en plus important. Cette pression chronique peut entraîner deux types de réponses opposées selon les femmes.

Le saviez-vous ?

Le périnée d’une femme enceinte supporte en fin de grossesse une charge pouvant représenter plusieurs kilogrammes en position debout prolongée. Cette contrainte mécanique justifie à elle seule une attention particulière tout au long des neuf mois, bien avant l’accouchement.

Périnée hypotonique et hypertonique : deux situations opposées

On parle souvent de “renforcer le périnée”, comme si la seule problématique était un manque de tonicité. En réalité, les enjeux sont plus nuancés. Il existe deux situations cliniques distinctes, et confondre l’une avec l’autre peut conduire à des exercices contre-productifs.

SituationDescriptionRisques associésCe qu’il faut faire
Périnée hypotoniqueMuscles trop relâchés, peu toniquesProlapsus, incontinence d’effortRenforcement progressif (exercices de Kegel)
Périnée hypertoniqueMuscles trop contractés, trop toniquesDéchirures, blocage à l’ouvertureÉtirements, détente, apprentissage du relâchement
Périnée équilibréSouple ET toniqueObjectif cibleEntretien, préparation globale


Une nuance importante que j’observe régulièrement en consultation : le périnée n’est pas figé dans un état unique. Une même femme peut présenter un périnée hypertonique le matin après une nuit de stress ou de mauvaise position, et un périnée plus relâché en fin de journée après une longue station debout. Ces variations au cours d’une même journée, ou d’une semaine à l’autre, sont normales et reflètent la sensibilité du plancher pelvien aux facteurs posturaux, émotionnels et hormonaux. C’est une raison supplémentaire de ne pas s’auto-diagnostiquer ni de commencer des exercices sans évaluation préalable : ce qui est utile un jour peut être contre-productif le lendemain.

Un périnée hypertonique est une réalité fréquente, souvent liée au stress, aux contractures posturales ou à une réponse réflexe de protection face à la douleur pelvienne. Ces femmes ont un périnée trop rigide, qui ne s’ouvre pas correctement à l’accouchement, augmentant le risque de déchirures. Pour elles, les exercices de Kegel classiques (contractions répétées) peuvent aggraver la situation. L’évaluation individualisée, réalisée par une sage-femme ou une kinésithérapeute spécialisée, est indispensable avant de commencer tout protocole.

Préparer son périnée avant l’accouchement

La bonne nouvelle, c’est que le périnée se prépare. Et cette préparation, lorsqu’elle est bien menée, a un impact démontré sur le déroulement de l’accouchement.

Le massage périnéal

Le massage périnéal est la technique la mieux documentée à ce jour. Une méta-analyse Cochrane publiée en 2013 (Beckmann et Stock) a montré que le massage périnéal pratiqué à partir de 34 semaines d’aménorrhée réduit significativement le risque de déchirures du troisième et quatrième degré, ainsi que le recours à l’épisiotomie, notamment chez les femmes primipares.

Il s’effectue quotidiennement, pendant 5 à 10 minutes, avec une huile végétale neutre (huile d’amande douce, huile de calendula). La technique consiste à étirer progressivement les tissus de l’entrée vaginale vers le bas et sur les côtés, en maintenant une légère pression pendant quelques secondes, puis en relâchant. C’est votre sage-femme qui vous guidera sur la technique précise lors d’une séance dédiée.

Les exercices de Kegel, avec nuance

Les exercices de Kegel, qui consistent à contracter et relâcher les muscles du plancher pelvien, sont utiles pour les femmes présentant un périnée hypotonique. Ils ne doivent pas être pratiqués de façon automatique sans évaluation préalable.

  1. Relâchement conscient Expirer lentement en imaginant que le périnée s’ouvre vers le bas. Essentiel pour préparer la poussée. 5 répétitions, 2 fois par jour.
  2. Contraction progressive : Contracter le périnée, 5 secondes de maintien, puis relâchement total. 10 répétitions, 2 fois par jour.
  3. Contraction rapide Contracter et relâcher rapidement sans maintien, pour travailler la réactivité musculaire. 10 répétitions, 2 fois par jour.
ExerciceDuréeFréquenceÀ éviter si
Massage périnéal5 à 10 min1 fois par jour dès 34 SAPlacenta prævia, rupture prématurée des membranes
Kegel (contraction)2 à 3 min2 fois par jourPérinée hypertonique confirmé
Relâchement conscient2 min2 fois par jourAucune contre-indication connue

L’ostéopathe et le périnée pendant la grossesse

Je souhaite ici être très clair sur mon rôle, car la frontière des compétences est importante. Je ne travaille pas directement sur le périnée lui-même : ce travail spécifique appartient aux sages-femmes et aux kinésithérapeutes spécialisées dans la rééducation périnéale.

En revanche, l’ostéopathie intervient sur toutes les structures qui conditionnent indirectement le fonctionnement du périnée. Le périnée n’est pas isolé : son état fonctionnel dépend de la mobilité du sacrum, du coccyx, des articulations sacro-iliaques, de la symphyse pubienne, et de l’ensemble du bassin.

Ce que j’évalue et traite en consultation

  • La mobilité du sacrum et du coccyx, dont la position influence directement le tonus du plancher pelvien
  • Les restrictions de mobilité des sacro-iliaques, qui modifient l’axe du bassin
  • Les tensions des muscles piriformes, obturateurs et psoas, en lien direct avec la posture globale
  • L’axe de l’utérus et la position du bébé, pour favoriser un engagement optimal

Lorsque le bassin n’est pas mobile, ni bien orienté, le bébé peut se retrouver en position moins favorable pour l’engagement. En travaillant sur la mobilité globale du bassin et des structures adjacentes, j’accompagne le corps de la patiente à créer les meilleures conditions mécaniques possibles pour l’accouchement. Ce travail est complémentaire, et non substituable, à l’accompagnement de votre sage-femme.

Structure traitéeLien avec le périnéeTechnique ostéopathique
SacrumMobilité directement liée au tonus périnéalTechniques articulatoires douces
CoccyxInsertions musculaires du plancher pelvienMobilisation
Sacro-iliaquesAxe du bassin, orientation pour l’engagementTechniques fonctionnelles
PsoasPosture globale, équilibre antéro-postérieurÉtirements et inhibition
DiaphragmePression abdominale sur le plancher pelvienTechniques respiratoires


À Dijon, je vois régulièrement des patientes enceintes en deuxième et troisième trimestre pour ce type de préparation. L’objectif n’est pas de “tout régler” en une séance, mais d’accompagner le corps dans un processus progressif, en coordination avec l’équipe obstétricale.

Quand consulter en priorité

Certains signes méritent une consultation rapide, que ce soit auprès de votre médecin ou de votre sage-femme :

  • Douleurs pelviennes intenses irradiant vers les cuisses ou le périnée
  • Sensation de pesanteur pelvienne importante et persistante
  • Fuites urinaires importantes ou soudaines
  • Douleurs lors des rapports sexuels ou à la palpation externe du périnée
  • Toute douleur pelvienne qui vous empêche de marcher normalement

Ces symptômes peuvent indiquer un SPD (diastasis symphysaire), une hypertonie périnéale marquée, ou une autre problématique pelvienne qui nécessite une évaluation adaptée.

Ce qu’il faut retenir

Point cléEn résumé
Le périnéeUn ensemble musculaire et fascial complexe, pas un simple muscle
Grossesse et périnéeHyperlaxité + pression croissante = double contrainte mécanique
Hypo vs hypertonieDeux situations opposées, deux approches différentes, évaluation nécessaire
Massage périnéalEfficacité démontrée dès 34 SA pour réduire les déchirures (Cochrane 2013)
Rôle de l’ostéopatheTravail indirect sur le bassin, le sacrum, le coccyx : complémentaire à la sage-femme
À faireParler de votre périnée à votre sage-femme, consulter un ostéopathe avant le terme

Conclusion

Préparer son périnée avant l’accouchement, ce n’est pas une option réservée aux femmes très sportives ou très prévoyantes : c’est une démarche accessible à toutes, qui mérite d’être abordée sereinement et sans tabou. Si vous souhaitez que nous évaluions ensemble la mobilité de votre bassin et que nous préparions votre corps à l’accouchement dans les meilleures conditions possibles, je suis disponible à Dijon pour vous accompagner. Votre sage-femme et moi-même formons une équipe complémentaire à votre service.

Sources

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