Maladies chroniques et activité physique : pourquoi bouger reste essentiel, et comment reprendre en sécurité
On vous a diagnostiqué une maladie chronique, et une question revient souvent : peut-on continuer à bouger, ou vaut-il mieux se ménager par prudence ? L’instinct de protection est compréhensible, mais dans la grande majorité des cas, c’est l’inverse qui est vrai : rester inactif aggrave presque toujours la situation plus que l’activité physique elle-même, à condition de l’adapter correctement.
En France, une personne sur quatre vit avec une maladie chronique, une proportion qui atteint trois personnes sur quatre après 65 ans. L’Organisation mondiale de la santé classe l’inactivité physique parmi les quatre principaux facteurs de risque modifiables de maladie chronique, aux côtés du tabac, de l’alcool et d’une alimentation déséquilibrée. Ce n’est donc pas une question secondaire : c’est aujourd’hui un axe reconnu de la prise en charge médicale elle-même, au point qu’un dispositif de prescription médicale d’activité physique existe en France depuis 2017. Dans cet article, j’explique ce que dit ce cadre, comment reprendre une activité en sécurité, et ce que je peux honnêtement vous apporter en tant qu’ostéopathe dans cette démarche.
Pourquoi l’activité physique est-elle recommandée en cas de maladie chronique ?
L’activité physique régulière fait partie des rares interventions qui agissent à la fois sur la progression de la maladie elle-même, sur les facteurs de risque associés, et sur la qualité de vie au quotidien, ce qui explique sa place croissante dans les parcours de soins.
La Haute Autorité de Santé reconnaît l’activité physique adaptée comme une thérapeutique non médicamenteuse validée par des données probantes pour de nombreuses maladies chroniques : pathologies cardiovasculaires, diabète, certains cancers, dépression, maladie de Parkinson, entre autres. Cela ne signifie pas que l’activité physique remplace un traitement médical, mais qu’elle s’y ajoute comme un levier reconnu, au même titre qu’un médicament ou une rééducation.
Qu’est-ce que l’activité physique adaptée (APA), le « sport sur ordonnance » ?
L’activité physique adaptée est un dispositif médical français, encadré par décret depuis 2017, qui permet à un médecin de prescrire une activité physique personnalisée aux capacités et aux risques du patient, dispensée par des professionnels formés.
Le médecin traitant évalue d’abord le niveau de risque et de capacité du patient pour orienter vers l’un de quatre niveaux d’intervention : d’un accompagnement par un professionnel de santé pour les situations les plus limitées, jusqu’à une activité en autonomie complète pour les patients suffisamment confiants et capables de la mener seuls. Un programme d’APA se déroule généralement à raison de 2 à 3 séances par semaine sur une période de 3 mois, renouvelable. Il faut savoir que ce dispositif n’est pas remboursé par l’Assurance Maladie de façon systématique, même si certaines complémentaires santé ou collectivités locales peuvent en prendre une partie en charge.
Faut-il un avis médical avant de reprendre une activité physique ?
Pas systématiquement : la Haute Autorité de Santé précise que toutes les personnes n’ont pas besoin d’une consultation médicale dédiée avant de commencer une activité physique légère à modérée, mais un avis est recommandé pour les patients les plus à risque, notamment sur le plan cardiovasculaire.
Votre médecin traitant reste le mieux placé pour évaluer si votre situation nécessite une évaluation complémentaire avant de reprendre : antécédents cardiovasculaires, essoufflement inhabituel, douleurs thoraciques à l’effort, ou toute maladie chronique évoluée sont des éléments qui justifient cet avis préalable.
Bon à savoir
Toute augmentation du niveau d’activité physique est bénéfique, même si elle reste en dessous des repères de l’OMS (30 minutes d’activité modérée, 5 jours par semaine). Il ne s’agit donc jamais de tout ou rien : passer de l’inactivité totale à quelques minutes de marche quotidienne représente déjà un gain réel, bien avant d’atteindre un niveau d’activité « idéal ».
Quels sont les freins fréquents à la reprise d’activité ?
La douleur, la fatigue, et surtout la peur d’aggraver son état en bougeant, comptent parmi les freins les plus fréquents à la reprise d’activité chez les personnes atteintes de maladie chronique — bien plus souvent qu’un manque de motivation réel.
Cette appréhension du mouvement, documentée dans le contexte des douleurs chroniques du dos, se retrouve largement dans d’autres pathologies chroniques : moins on bouge par crainte de se faire mal, plus les capacités physiques diminuent, ce qui rend le moindre effort plus difficile et renforce à son tour l’appréhension. J’aborde ce mécanisme plus en détail, appliqué à la lombalgie, dans mon article sur le surpoids et la lombalgie.
Comment reprendre une activité physique en sécurité, étape par étape ?
La progressivité est le principe qui prime sur tous les autres : commencer là où vous en êtes réellement, pas là où vous pensiez être avant la maladie, et augmenter la durée avant l’intensité.
| Étape | Ce qui est recommandé |
|---|---|
| Départ | Marche quotidienne courte, même 10 à 15 minutes, à intensité confortable |
| Progression | Augmenter d’abord la durée, puis la fréquence, puis l’intensité |
| Choix de l’activité | Privilégier une activité que vous appréciez réellement, pour tenir dans la durée |
| Suivi | Réévaluer régulièrement avec votre médecin, surtout en cas de nouveau symptôme |
Quel est le rôle de l’ostéopathie dans cet accompagnement ?
Mon rôle n’est pas de traiter votre maladie chronique elle-même : ce n’est ni mon champ de compétence, ni ce que les données permettent d’affirmer. Il consiste à réduire les obstacles mécaniques et les tensions qui rendent le mouvement plus difficile ou plus douloureux, pour faciliter une reprise d’activité déjà décidée avec votre médecin.
Une raideur articulaire, une compensation posturale ou une tension musculaire chronique peuvent rendre une marche ou un exercice inconfortable, ce qui décourage la régularité pourtant essentielle aux bénéfices de l’activité physique. Mon travail s’inscrit alors en complément de la prescription médicale et, le cas échéant, du programme d’APA, jamais à leur place. Je reste également attentif à orienter vers votre médecin traitant si une évaluation médicale me semble nécessaire avant toute reprise.
Quels signes doivent alerter pendant l’effort ?
Une douleur thoracique, un essoufflement disproportionné par rapport à l’effort fourni, des palpitations inhabituelles ou des vertiges pendant l’activité doivent faire arrêter l’effort immédiatement et consulter, quelle que soit la maladie chronique en cause.
Tableau de synthèse
| Point clé | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|
| Bénéfice de l’activité physique | Reconnue par la HAS comme thérapeutique non médicamenteuse dans de nombreuses maladies chroniques |
| Sport sur ordonnance (APA) | Dispositif encadré depuis 2017, prescrit par le médecin traitant, non systématiquement remboursé |
| Avis médical préalable | Pas systématique, mais recommandé en cas de risque cardiovasculaire ou de maladie évoluée |
| Principal frein | La peur de bouger et le déconditionnement qu’elle entretient, plus que le manque de motivation |
| Progression | Toujours partir du niveau réel actuel, augmenter la durée avant l’intensité |
| Rôle de l’ostéopathie | Réduire les obstacles mécaniques à l’activité, en complément du suivi médical, jamais à sa place |
Questions fréquentes
Puis-je faire du sport avec une maladie chronique sans avis médical ?
Une activité légère à modérée est généralement possible sans consultation dédiée, mais un avis médical est recommandé si vous avez des antécédents cardiovasculaires, une maladie évoluée, ou si vous ressentez un essoufflement inhabituel ou des douleurs thoraciques à l’effort.
L’ostéopathie peut-elle remplacer l’activité physique adaptée ?
Non. L’ostéopathie peut faciliter la reprise en réduisant certains obstacles mécaniques, mais elle ne remplace ni la prescription médicale ni un programme d’activité physique adaptée encadré par des professionnels formés à cet effet.
Combien de temps d’activité physique faut-il viser au minimum ?
L’Organisation mondiale de la santé recommande environ 150 minutes d’activité modérée par semaine, mais toute augmentation, même en dessous de ce repère, apporte déjà un bénéfice réel. Mieux vaut une progression réaliste et durable qu’un objectif trop ambitieux abandonné après quelques semaines.
Conclusion
Bouger avec une maladie chronique n’est pas un risque à éviter, c’est le plus souvent un levier de soin à part entière, à condition de l’adapter à votre situation et de progresser prudemment. Si des douleurs ou des raideurs freinent votre reprise d’activité, je vous reçois à mon cabinet d’ostéopathie à Dijon pour évaluer ce qui, dans votre cas, peut être amélioré, en coordination avec votre médecin traitant.
Sources
- Inserm — Activité physique : prévention et traitement des maladies chroniques, expertise collective. https://www.inserm.fr/expertise-collective/activite-physique-prevention-et-traitement-maladies-chroniques/
- Organisation mondiale de la Santé — Activité physique, aide-mémoire. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/physical-activity
- Haute Autorité de Santé — La prescription d’activité physique adaptée (APA), synthèse, juillet 2022. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2022-08/synthese_prescription_apa_vf.pdf
- Haute Autorité de Santé — Consultation et prescription médicale d’activité physique à des fins de santé. https://www.has-sante.fr/jcms/c_2876862/fr/consultation-et-prescription-medicale-d-activite-physique-a-des-fins-de-sante
- Légifrance — Décret n° 2016-1990 du 30 décembre 2016 relatif aux conditions de dispensation de l’activité physique adaptée. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000033748987







