Gros plan réaliste lors d'une séance d'ostéopathie au troisième trimestre de grossesse. Une femme enceinte est allongée confortablement sur le côté, tandis qu'un ostéopathe aux mains soignantes mobilise délicatement son bassin pour préparer l'accouchement.
|

3e trimestre et préparation à l’accouchement : le rôle de l’ostéopathe

Le ventre est lourd, le souffle se fait plus court, et chaque nuit demande un peu plus d’efforts pour trouver une position confortable. Si vous en êtes là, sachez que ce ressenti est partagé par la grande majorité de mes patientes enceintes à Dijon à ce stade. C’est aussi le moment où le corps se prépare, mécaniquement, à l’accouchement, et où l’ostéopathie prend tout son sens.

Ce que vit le corps au 3e trimestre

À partir de 28 semaines d’aménorrhée (SA), le corps entre dans la dernière phase de la grossesse. Le bébé poursuit une croissance rapide, l’utérus atteint progressivement son volume maximal et le poids maternel est généralement à son plus haut niveau. Ces changements augmentent les contraintes mécaniques sur les muscles, les articulations et les ligaments, tout en modifiant le fonctionnement de plusieurs organes.

L’utérus prend une place de plus en plus importante dans l’abdomen et repousse progressivement les organes voisins. Le diaphragme remonte, ce qui peut limiter l’amplitude respiratoire et provoquer un essoufflement lors des efforts. L’estomac est davantage comprimé, favorisant les remontées acides et les reflux gastro-œsophagiens. La vessie, quant à elle, supporte une pression croissante, expliquant des envies d’uriner plus fréquentes.

Le poids supplémentaire, associé aux effets hormonaux qui assouplissent les ligaments en préparation de l’accouchement, sollicite davantage les articulations du bassin, des hanches, des genoux et des pieds. Les douleurs lombaires, les douleurs pelviennes ou les sensations de pesanteur deviennent ainsi plus fréquentes à mesure que le terme approche.

La circulation veineuse est également ralentie par la compression des gros vaisseaux sanguins situés dans l’abdomen. Cette situation favorise la rétention d’eau, les œdèmes des chevilles et des pieds, ainsi qu’une sensation de jambes lourdes, particulièrement en fin de journée ou lors des périodes de forte chaleur.

Zone concernéeChangement observéConséquence possible
Poids corporelGain pondéral maximal de la grossesseSollicitation articulaire accrue
Organes abdominauxCompression progressive par l’utérusReflux, essoufflement à l’effort
Membres inférieursRétention hydrique plus marquéeŒdèmes des chevilles et des pieds
BassinPréparation mécanique à l’engagementDouleurs pelviennes parfois maximales
Position du bébéTête qui s’engage, ou non, dans le bassinInfluence directe sur le confort maternel


L’engagement de la tête fœtale dans le bassin, quand il se produit, modifie souvent la respiration (qui redevient plus facile) mais peut accentuer la pression sur le bassin et la vessie. Chaque grossesse suit son propre calendrier, et l’absence d’engagement à 36 ou 37 SA n’est pas en soi inquiétante.

Préparer le bassin à l’accouchement

Au cours du troisième trimestre, le bassin se prépare progressivement à la naissance. Sous l’effet des hormones de la grossesse, les ligaments deviennent plus souples afin de faciliter le passage du bébé lors de l’accouchement. Cette adaptation naturelle s’accompagne parfois de douleurs au niveau du pubis, des sacro-iliaques ou du coccyx, ainsi que d’une sensation d’instabilité lors de la marche ou des changements de position.

Un bassin mobile offre de meilleures conditions mécaniques pour l’engagement puis la descente du bébé lors du travail. C’est l’un des axes de travail principaux de mes séances au 3e trimestre.

StructureRôle dans l’engagementCe que l’ostéopathie peut faire
Articulations sacro-iliaquesPermettent la bascule du bassinMobilisation douce et adaptée
SacrumDoit pouvoir bouger entre nutation et contre-nutationTravail respectant son axe naturel
CoccyxDoit pouvoir reculer au passage du bébéRelâchement des tissus environnants
Symphyse pubienneLégère mobilité physiologique sous l’effet des hormones de grossesseSurveillance de la douleur, jamais de manipulation forcée


Ce travail ne vise jamais à forcer une structure, mais à redonner de la liberté de mouvement là où des tensions se sont installées, souvent en lien avec l’adaptation posturale progressive des premier et deuxième trimestres.

Position du bébé et ostéopathie

Au cours du troisième trimestre, le bébé adopte progressivement la position qu’il occupera à l’approche de la naissance. Sa posture peut influencer le confort de la future maman, notamment en cas de douleurs lombaires, pelviennes, costales ou de sensation de pression importante sur certains tissus.

L’ostéopathie ne permet pas de faire tourner un bébé ni de garantir une présentation particulière pour l’accouchement. En revanche, lorsqu’elle est indiquée, elle peut contribuer à améliorer la mobilité du bassin, de la colonne vertébrale et des tissus environnants afin d’optimiser le confort maternel et de favoriser un environnement mécanique plus harmonieux pour la grossesse.

ApprocheNiveau de preuveCe qu’elle propose
Version par manœuvre externe (VME)Preuve établie, recommandée par le CNGOF à partir de 36 SARotation manuelle réalisée par un obstétricien en milieu hospitalier
Techniques manuelles du bassin (ostéopathie)Données préliminaires, encore limitéesAmélioration de la mobilité du bassin, favorable à une rotation spontanée


La version par manœuvre externe reste, à ce jour, l’option la mieux validée : le CNGOF recommande d’en informer systématiquement les femmes concernées, cette intervention réduisant le taux de présentation par le siège à la naissance sans augmenter les risques maternels ou périnataux graves.

Préparer le plancher pelvien et le diaphragme

Au troisième trimestre, le plancher pelvien et le diaphragme jouent un rôle essentiel dans l’adaptation du corps à la fin de grossesse et à l’accouchement. Le plancher pelvien soutient le poids de l’utérus et du bébé, tandis que le diaphragme participe à la respiration et influence directement la gestion des pressions abdominales.

Avec l’augmentation du volume de l’utérus, ces deux structures travaillent en coordination permanente. Une bonne mobilité du diaphragme et une capacité du périnée à s’adapter aux variations de pression peuvent contribuer à un meilleur confort au quotidien. L’objectif est surtout d’apprendre à relâcher et à coordonner ces zones plutôt que de les solliciter de manière intense, afin de favoriser une meilleure adaptation lors de l’accouchement.

ObjectifZone travailléeTechnique utilisée
Libérer le diaphragme thoraciqueCôtes basses, sternumTechniques respiratoires et myofasciales
Favoriser une respiration ampleColonne dorsale, psoasMobilisation douce
Préparer indirectement le périnéeBassin, sacrum, hanchesTravail sur les structures osseuses environnantes


Je précise que mon intervention se limite au travail sur les structures osseuses et musculaires qui entourent le périnée, jamais à un geste intravaginal.

Ce que vous pouvez faire chez vous

Entre les séances, quelques gestes simples aident à préparer votre corps au quotidien.

  1. Respiration abdomino-diaphragmatique en position assise
    Installez-vous confortablement sur une chaise ou un ballon de grossesse, les pieds bien à plat au sol et le dos soutenu. Posez une main sur le thorax et l’autre sur le ventre. Inspirez lentement par le nez en laissant la cage thoracique et l’abdomen se mobiliser naturellement, puis expirez doucement par la bouche en relâchant les tensions. Cherchez une respiration calme, ample et régulière, sans forcer. Pratiquez cet exercice pendant 5 minutes chaque jour. Arrêtez-vous immédiatement en cas de vertige, de malaise ou d’inconfort.
  2. Bascule du bassin en position à quatre pattes
    Placez-vous à quatre pattes, les mains sous les épaules et les genoux sous les hanches. En inspirant, laissez légèrement le bassin basculer vers l’avant sans exagérer la cambrure. En expirant, rentrez doucement le bassin afin d’arrondir légèrement le bas du dos. Le mouvement doit rester lent, fluide et confortable, sans à-coup. Réalisez cet exercice pendant 1 minute, 1 fois par jour.
  3. Étirement doux des adducteurs en position assise
    Asseyez-vous au sol ou sur un coussin, les plantes de pieds l’une contre l’autre et les genoux ouverts sur les côtés. Gardez le dos bien droit et laissez les genoux descendre naturellement sous l’effet de leur propre poids, sans exercer de pression avec les mains. Vous pouvez vous pencher très légèrement vers l’avant si cela reste confortable. Maintenez l’étirement 30 secondes, un jour sur deux, sans jamais forcer ni rechercher une grande amplitude. L’étirement doit rester léger et agréable.
ExerciceDuréeFréquencePrécaution
Respiration abdomino-diaphragmatique5 minutesQuotidienStop en cas de vertige
Bascule du bassin à quatre pattes1 minute1x par jourMouvement lent
Étirement des adducteurs30 secondes1 jour sur 2Jamais en force

Quand consulter en priorité

Certains signaux, au 3e trimestre, ne relèvent pas de l’ostéopathie et doivent vous amener à consulter votre sage-femme ou votre maternité sans attendre.

  • Essoufflement soudain et intense
  • Œdèmes brutaux du visage ou des mains
  • Douleur pelvienne intense empêchant la marche
  • Diminution nette des mouvements du bébé
  • Contractions régulières avant 37 SA
SymptômeCe que ça peut indiquerQuoi faire
Essoufflement soudain et intensePossible complication cardio-respiratoireConsulter en urgence
Œdèmes brutaux du visage ou des mainsPossible signe de pré-éclampsieConsulter rapidement
Douleur pelvienne empêchant la marcheDysfonction sacro-iliaque marquée ou signe obstétricalConsulter pour évaluation
Diminution des mouvements du bébéSignal à ne jamais négligerContacter la maternité sans délai

Ce qu’il faut retenir

Point cléEn résumé
Le 3e trimestrePoids maximal, compression des organes, préparation mécanique à l’accouchement
Rôle sur le bassinRedonner de la mobilité au sacrum, aux sacro-iliaques et au coccyx
Position du bébéLa VME reste l’option la mieux validée, l’ostéopathie reste complémentaire
Diaphragme et périnéeUn travail respiratoire peut indirectement préparer le périnée
Suivi conseillé1 à 2 séances entre 32 et 36 SA, puis selon besoin proche du terme
Quand consulter ailleursSans délai en cas de signal d’alerte obstétrical

Conclusion

Le 3e trimestre demande beaucoup à votre corps, mais il peut aussi se préparer. À quelques semaines de votre accouchement à Dijon ? Préparez votre corps avec l’ostéopathie, en complément du suivi assuré par votre sage-femme ou votre gynécologue.

Sources

  • CNGOF, Recommandations pour la pratique clinique, Présentation du siège, version par manœuvre externe (2020) : sagefemme-pratique.com
  • Pistolese RA, The Webster Technique: A Chiropractic Technique with Obstetric Implications, Journal of Manipulative and Physiological Therapeutics, 2002 : jmptonline.org

Publications similaires