Un athlète masculin en tenue de sport noire fait un squat sur une seule jambe sur une planche inclinée dans une clinique de physiothérapie, tenant son genou qui présente une zone rouge de douleur, avec du matériel de rééducation en arrière-plan.
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Tendinopathie rotulienne (genou du sauteur) : comprendre et sortir du cercle vicieux

Vous ressentez une douleur précise, juste sous la rotule, à chaque réception de saut. Elle s’installe en fin de match, s’accroche après l’entraînement, ou vous réveille le lendemain d’une séance un peu plus intense que d’habitude.

Vous jouez au basketball, au volleyball ou au handball, à Dijon ou dans un club des environs, et cette douleur commence sérieusement à vous inquiéter. Est-ce grave ? Faut-il arrêter le sport ? Et surtout, pourquoi cette gêne ne passe-t-elle pas malgré le repos ?

Je m’appelle Alexis Mongoin, ostéopathe D.O. à Dijon, et je reçois régulièrement des sportifs confrontés à cette même douleur sous la rotule. Cette pathologie porte un nom précis : la tendinopathie rotulienne, plus connue sous l’appellation de « genou du sauteur ». Dans cet article, je vous explique ce qui se passe réellement dans votre tendon, pourquoi certains réflexes pourtant logiques aggravent la situation, et comment sortir de ce cercle vicieux grâce à une prise en charge fondée sur les données actuelles de la science.

Tendinopathie rotulienne : la blessure des sauts et des accélérations

Le tendon rotulien relie la pointe de la rotule à la partie haute du tibia, juste sous le genou. Il transmet la force générée par votre quadriceps à chaque extension de la jambe, que ce soit pour sauter, accélérer ou stabiliser une réception.

Lors d’un saut ou d’une décélération brutale, ce tendon absorbe des contraintes considérables, pouvant atteindre plusieurs fois le poids du corps en une fraction de seconde. Répétées séance après séance, match après match, ces sollicitations peuvent progressivement dépasser la capacité du tendon à s’adapter et à récupérer.

C’est la raison pour laquelle cette pathologie touche particulièrement les sports impliquant des sauts répétés et des changements de direction rapides.

Sport pratiquéPrévalence estimée de la tendinopathie rotulienne
Volleyball (niveau élite)Jusqu’à 45 % des joueurs
Basketball (niveau élite)Jusqu’à 32 % des joueurs
HandballFréquente, contraintes similaires au basketball et au volleyball
Sports de saut, toutes disciplines confonduesEnviron 14 % en moyenne chez les athlètes de haut niveau


Ces chiffres, issus d’une synthèse de la littérature sur l’épidémiologie de la tendinopathie rotulienne chez le sportif, montrent à quel point cette blessure est courante dans les disciplines que je vois passer régulièrement au cabinet à Dijon, en particulier en période de reprise de saison ou de multiplication des matchs.

Comprendre la tendinopathie : ce n’est pas une tendinite

Beaucoup de patients arrivent en consultation avec l’idée qu’ils souffrent d’une « tendinite », donc d’une inflammation, et qu’il suffirait d’attendre que cela « dégonfle ». Cette représentation, bien qu’intuitive, ne correspond plus aux données actuelles.

Les études d’imagerie et d’histologie montrent que la tendinopathie rotulienne chronique implique très peu de cellules inflammatoires classiques. Ce qui change réellement, c’est la structure même du collagène qui compose le tendon.

Le modèle de référence, proposé par les chercheurs Cook et Purdam, décrit cette pathologie comme un continuum en trois étapes plutôt que comme un état figé et binaire.

Stade du continuumCe qui se passe dans le tendonPrésentation clinique typique
Tendon réactifRéponse adaptative rapide à une surcharge ponctuelle, gonflement des fibresDouleur qui apparaît vite après un pic de charge, souvent réversible
Dysfonction tendineuse (« disrepair »)Désorganisation progressive des fibres de collagène, tentative de réparationDouleur intermittente, alternance de phases de mieux et de rechute
Tendinopathie dégénérativeZones de collagène désorganisé, parfois définitivement remaniées, coexistant avec du tissu sainDouleur chronique, parfois présente même au repos


Ce modèle a une conséquence pratique essentielle : à chaque stade correspond une stratégie de charge différente. C’est pourquoi une prise en charge efficace ne peut pas se limiter à un protocole unique appliqué sans réflexion.

Bon à savoir : l’imagerie ne dit pas tout

Une échographie qui montre un tendon épaissi ou désorganisé ne signifie pas automatiquement que vous aurez mal, et inversement. De nombreux sportifs totalement asymptomatiques présentent des anomalies structurelles visibles à l’imagerie. C’est votre douleur, votre fonction et votre capacité à charger le tendon au quotidien qui doivent guider la prise en charge, bien plus que l’image seule.

Les erreurs qui entretiennent la tendinopathie

Plusieurs réflexes, pourtant logiques en apparence, ont tendance à entretenir la douleur au lieu de la résoudre. Je les retrouve très souvent chez les patients que je reçois après plusieurs mois d’errance thérapeutique.

  • Le repos complet prolongé, qui diminue la tolérance à la charge du tendon au lieu de la préserver
  • La reprise trop rapide dès la première amélioration ressentie, qui relance immédiatement le cycle douloureux
  • Les étirements statiques intenses en phase aiguë, qui augmentent la compression du tendon contre l’os
  • Les anti-inflammatoires utilisés seuls sur le long terme, qui peuvent soulager temporairement la douleur sans améliorer la tolérance à la charge ni la structure du tendon rotulien, et qui ne doivent jamais remplacer une rééducation active progressive.
Réflexe courantPourquoi cela n’aide pasApproche recommandée
Repos strict prolongéDiminue la capacité du tendon à tolérer la chargeCharge progressive et contrôlée, jamais un arrêt total
Reprise brutale du sportDépasse la capacité de charge retrouvée par le tendonProgression du volume et de l’intensité par paliers
Étirements statiques en phase aiguëAugmente la compression du tendon contre la trochléeTravail en charge, étirements réintroduits plus tardivement
Anti-inflammatoires seuls, sur le long termeSoulage la douleur mais n’agit pas sur la structure du tendonAssociation possible avec une rééducation active, jamais en substitution


Le point commun de ces erreurs est simple : elles cherchent toutes à éviter la douleur immédiate, alors que le tendon a besoin d’une charge progressive et bien dosée pour se réorganiser favorablement.

Le traitement par charge excentrique : les preuves

Le traitement de référence de la tendinopathie rotulienne repose aujourd’hui sur le renforcement du tendon par la charge, et plus particulièrement par la charge excentrique, c’est-à-dire la phase où le muscle s’allonge sous tension, par exemple lors de la descente d’un squat.

Le protocole historique, développé par Alfredson et son équipe en 1998 pour le tendon d’Achille, a ensuite été adapté au tendon rotulien sous la forme de squats excentriques réalisés sur un plan incliné à 25 degrés. Les données accumulées depuis plus de vingt ans sur ce type de protocole en font une base solide de la rééducation tendineuse.

  1. Squat excentrique sur plan incliné à 25°, réalisé sur une seule jambe, avec une descente lente sur 3 à 4 secondes (mais peut être effectué sans inclinaison à la maison)
  2. Remontée réalisée avec l’aide de la jambe non douloureuse, pour limiter la phase concentrique sur le tendon atteint
  3. Trois séries de quinze répétitions, à réaliser deux fois par jour
  4. Progression de la charge en ajoutant du poids, une fois l’exercice maîtrisé sans douleur excessive
  5. Maintien du protocole sur douze semaines minimum, même en cas d’amélioration précoce des symptômes
Approche de renforcementPrincipeSituation où la privilégier
Squats excentriques sur plan inclinéCharge excentrique isolée, plan incliné à 25°Douleur modérée, bonne tolérance initiale à la charge
Heavy Slow Resistance (HSR)Charge lourde, phases concentrique et excentrique, tempo lent et contrôléDouleur trop intense pour l’excentrique seul, ou meilleure tolérance globale à ce format


Une alternative documentée est le Heavy Slow Resistance, qui associe des charges plus lourdes à un tempo lent, en sollicitant à la fois les phases concentrique et excentrique du mouvement. Cette approche donne des résultats comparables au protocole excentrique classique, tout en étant souvent mieux tolérée par les patients dont la douleur est encore vive.

Une revue Cochrane récente confirme que le renforcement du tendon, sous ses différentes formes, apporte un bénéfice net par rapport à l’absence de traitement, même si la certitude de ces preuves reste à renforcer par de nouvelles études de meilleure qualité méthodologique.

Mon rôle en tant qu’ostéopathe n’est pas de vous faire faire les exercices de musculation à votre place. C’est vous, le sportif, qui réalisez ces exercices, idéalement accompagné d’un kinésithérapeute du sport pour l’ajustement précis des charges et du volume. Mon rôle est de préparer le terrain autour du tendon, pour que ce travail de charge porte pleinement ses fruits.

L’approche ostéopathique de la tendinopathie rotulienne

En tant qu’ostéopathe, je n’agis pas directement sur la structure interne du collagène du tendon. Seule la charge progressive et bien dosée peut la faire évoluer favorablement. Mon intervention se situe en amont et autour du tendon, sur tout ce qui peut contribuer à sa surcharge.

  • Bilan complet de la biomécanique du membre inférieur : pied, cheville, genou et hanche, pour repérer les zones qui compensent et qui surchargent le tendon rotulien
  • Recherche de restrictions de mobilité de la cheville, en particulier en flexion dorsale, fréquemment associées à une surcharge du tendon rotulien lors de la réception de saut
  • Travail sur la mobilité fémoro-patellaire et sur les tissus périarticulaires du genou, pour restaurer un fonctionnement harmonieux de l’articulation
  • Conseils pratiques de gestion de la charge d’entraînement, en lien avec votre coach ou votre kinésithérapeute
  • Orientation vers un kinésithérapeute du sport pour la mise en place et le suivi du protocole de renforcement excentrique

Cette approche globale part d’un constat simple : un tendon rotulien ne travaille jamais seul. Une cheville raide, une hanche peu mobile ou un déséquilibre de la chaîne musculaire du membre inférieur peuvent reporter une contrainte excessive sur ce tendon à chaque saut, et entretenir la douleur malgré un programme de renforcement bien conduit.

Quand consulter en priorité

Certains signaux doivent vous amener à consulter rapidement un médecin, sans attendre :

  • Une douleur apparue brutalement après un choc direct ou une chute sur le genou
  • Une impossibilité de tendre complètement la jambe
  • Un gonflement important et rapide de l’articulation du genou
  • Une douleur qui persiste malgré plusieurs semaines de prise en charge adaptée

Dans ces situations, un avis médical ou une imagerie complémentaire peuvent être nécessaires pour écarter une autre pathologie, comme une lésion méniscale ou une atteinte associée du cartilage.

Ce qu’il faut retenir

Point cléCe qu’il faut savoir
Ce n’est pas une inflammation classiqueLa tendinopathie rotulienne correspond à une désorganisation du collagène, pas à une « tendinite » au sens habituel
Le repos total n’est pas la solutionUn tendon non chargé perd en tolérance à la charge, ce qui aggrave le problème à la reprise
La charge progressive est le traitement de référenceLes protocoles excentriques ou de type Heavy Slow Resistance sont soutenus par des données solides
L’ostéopathie agit en complément, pas en remplacementBilan biomécanique global et gestion des compensations, sans action directe sur la structure du tendon
La patience est indispensableLes protocoles de renforcement s’étalent généralement sur plusieurs semaines, parfois plusieurs mois

En conclusion

La tendinopathie rotulienne est une pathologie fréquente chez les sportifs dijonnais pratiquant le basketball, le volleyball ou le handball, mais elle se prend en charge efficacement lorsque le traitement repose sur des bases solides et une progression bien dosée. Si cette douleur sous la rotule freine votre pratique, je vous propose d’en discuter ensemble en consultation, à mon cabinet de Dijon ou de Saint-Seine-l’Abbaye, pour construire une prise en charge adaptée à votre sport et à votre niveau.

Sources

  • Cook JL, Purdam CR — Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy — British Journal of Sports Medicine, 2009 — lien vers l’étude
  • Alfredson H, Pietilä T, Jonsson P, Lorentzon R — Heavy-Load Eccentric Calf Muscle Training for the Treatment of Chronic Achilles Tendinosis — American Journal of Sports Medicine, 1998 — lien vers l’étude
  • Kongsgaard M, et al. — Corticosteroid injections, eccentric decline squat training and heavy slow resistance training in patellar tendinopathy — Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 2009 — lien vers l’étude
  • Cochrane — Do strengthening exercises help in the treatment of people with patellar tendinopathy (jumper’s knee)?lien vers la revue Cochrane
  • Patellar tendinopathy: an overview of prevalence, risk factors, screening, diagnosis, treatment and prevention — Archives of Orthopaedic and Trauma Surgery, 2023 — lien vers l’étude

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